COOP HIMMELBLAU
- Cette page se trouve sur le web sous l’adresse:
http://members.fortunecity.com/architecture2/ -
Plan:
Introduction:
-Présentation.
-Contexte historique.
I -
SYSTEMES OUVERTS.
II -
ANTHROPOMORPHISME ET DECHARNEMENT.
III - MOUVEMENT.
IV - UN
FUTUR DE SPLENDIDE DESOLATION.
V - DECONSTRUCTION ET
ROLE DE L'INCONSCIENT.
Conclusion.
------
Présentation :
Wolfgang D.Prix, né à Vienne en 1942, et
Helmut Swiczinsky, à Pologne en 1945, fondent Coop Himmelblau en 1968. Frank
Stepper (
Contexte historique :
Dans le climat politiquement tourmenté des
années 60 (
La coopérative Viennoise rejette les
principes rationnels fonctionalistes hérités du Corbusier et du Modernisme , en même temps que le masque et l'artifice de
façade dans lesquels tombait souvent le Post-Modernisme .
" [...] Nous n'avons pas envie de construire du
Beidermeier* . Ni maintenant , ni à aucun autre moment
. Nous en avons assez de voir du Palladio et d'autres masques de l'histoire . Car nous ne voulons pas exclure ce qui dérange
de l'architecture ."
*Le Beidermeier est un style
de meubles dérivé des grands styles classiques français, et qui connut son
apogée en Allemagne et en Autriche, entre 1815 et 1860 .
I - Systèmes Ouverts :
Coop Himmelblau rejettent d'abord les
notions d' " enveloppe" et de " cloison
", tout comme les divisions fonctionnelles du plan . Le volume virtuel
délimité par les surfaces extérieures n'a aucune consistance en réalité , et ne doit donc pas être le point de départ de la
forme, mais bien le résultat de celle-ci . Dans les bâtiments de Coop il est
toujours clair que l'espace est bien le résultat de la structure et non l'inverse . C'est dans leur projet de la "Maison
Ouverte" à
" L'architecture ouverte est libre de toute signification fausse .
Elle est la présentation tri-dimensionnelle de la solution d'un problème . Si tant est que solutions il y ait
.
Les formes assurées de l'enveloppe
extérieure sont des virtualités rendues visibles . La
forme interne n'est pas
"[...]"Système ouvert"
désigne les volumes , les passages et les situations
complexes qui s'imbriquent dans l'espace , ainsi que leur modification possible
."

Maison ouverte à
Le squelette apparent est un leitmotiv qui
revient sans cesse dans les oeuvres de Coop H. Cela peut paraître un point
commun avec la tendance "high- tech" qui avait déjà commencé à
l'époque , avec Norman Foster , Richard Rodgers et Renzo Piano , mais la
sensation qui émane des oeuvres de Coop , diffère totalement d'un édifice
high-tech . Si on prend l'exemple du musée d'Art Moderne "George
Pompidou" (construit en 1977) , on remarque que
l'espace mathématique et froid du musée dégage une impression de stabilité et
de machinisme complètement différente du dynamisme incroyable et de la tension
que dégagent les rares édifices du groupe viennois .
II - Anthropomorphisme et décharnement:
Coop Himmelblau s'inspirent des structures naturelles , notamment des charpentes osseuses et des
exosquelettes d' insectes . Leur premier projet , en 1968 , la villa
"Rosa", est une sorte de capsule pneumatique qui évoque l'image d'un
insecte géant , dont l'aspect agressif est accentué par les pointes hérissées
des pieux de la structure , et leur contraste avec la mollesse organique des formes
gonflables . Si dans ce premier projet le bio-morphisme est trop apparent , l'allégorie animale restera une constante dans
leurs oeuvres mais revêtira des formes de plus en plus abstraites, à mesure que
le groupe gagne en expérience et en maturité .

Villa Rosa , Prototype d'unité d'habitation
gonflable, 1968
"Notre architecture n'est pas domestiquée . Elle se promène comme une panthère noire dans
la jungle - Au musée , elle est comme un fauve en cage
. "
Ce thème du pieu qui transperce le corps
revient sans cesse dans l'architecture de Coop , et
provoque chez l'observateur une tension , une sorte de malaise psychologique .
Cela est dû au fait qu'on a toujours tendance à se projeter dans son
environnement ( cette identification du corps à la monumentalité architecturale
n'est pas nouvelle , et remonte à Vitruve et ses ordres , dont les proportions
dérivaient du rapport de la tête humaine par rapport au reste du corps ) .
Ainsi le propriétaire d'un corps conventionnel ,
confronté à l'architecture de Coop , se trouve contorsionné , disséqué , empalé
à l'instar du bâtiment qui s'auto-cannibalise .

Remodelage d'un Toit,
III - Mouvement
:
Sous l'action de cette violence latente , le bâtiment "réagit" ; l'espace devient
doué de vie , et semble se mouvoir , s'élancer en dehors des limites qui lui
étaient consignées . Dans l'exposition "Architecture is now" en 1982
, Coop concrétisent cette idée en créant justement un objet qui
"bouge" ; un mécanisme électronique fait monter et descendre une
poutre à la manière de l'épine dorsale d'un félin ( l'objet lui-même est
l'allégorie d'une panthère noire ) .
Mais le thème du mouvement n'est pas
uniquement lié au biomorphisme animal . Il devient ,
parfois , élan immatériel , souffle de vie ,comme dans la "Maison au Toit
qui s'Envole" de 1973 , à Londres , où la toile bleue suspendue à la place
des derniers étages , capte les ondulations continuelles du vent et donne vie
au bâtiment .

Complexe de salles de cinéma , Dresde, Allemagne (Projet).
Le thème de l'envol est omni-présent dans
toute l'oeuvre de Coop , même si ce n'est pas toujours
avec la même clarté que
IV - "Un Futur de
Splendide Désolation":
Il résulte de ces facteurs conjugués une
nouvelle esthétique , épique , crue et impitoyable!
Elle n'a surtout aucun lien avec les notions classiques de "rapport"
et de "proportions harmonieuses" qui ont jusqu'alors guidé les rennes
de l'architecture ...
" [...] C'est l'esthétique d'une architecture de la mort
drapée dans son suaire blanc . La mort dans une chambre d'hôpital à carreaux blancs . L'architecture d'une mort subite sur le béton . Celle d'une poitrine enfoncée par la colonne de direction ,
Mais ce thème constant de la violence n'est
pas gratuit ; son but est d'exprimer la réalité
urbaine dans toute sa laideur et son incohérence . Dans le livre " Power of the City " , paru en 1988 , ils
écrivent :
"VILLE DE LA NATURE
:
La nature est devenue un accessoire de la
civilisation urbaine . Civilisation dont nous tirons
profit chaque jour mais que nous haïssons . Il nous
faut vivre avec cette contradiction .
Les palliatifs ne servent plus à rien . Le rêve d'une nature intacte est révolu
. Il nous faut avouer que plus jamais rien ne sera comme avant . Tout ce que nous pouvons faire ,
c'est construire des "monuments" à une réalité nouvelle , afin de
reconnaître l'envergure de la réalité urbaine .
La ville est partout .
L'AVENIR D'UNE DESOLATION MAGNIFIQUE :
Les architectures de l'avenir existent déjà .
La solitude des jardins publics , la désolation des rues, la dévastation des
bâtiments caractérisent nos villes actuelles et caractériseront aussi celles de
l'avenir . Des expressions comme "sûre et saine" ne sont plus
applicables à l'architecture .
Nous vivons dans un univers d'objets que
nous n'aimons pas , reliques d'une civilisation
urbaine . Nous possédons ces objets et les utilisons quotidiennement à notre avantage . L'architecture actuelle pousse ce décalage
jusqu'à la schizophrénie .
L'architecture réactionnaire tend à
dissimuler les problèmes , au lieu de créer une
nouvelle conscience , indispensable , du fait urbain .
Il faut définir l'architecture actuelle
comme le moyen de créer un surcroît de vitalité .
L'architecture contemporaine sera honnête
et vraie lorsque les rues , les espaces ouverts , les
bâtiments et les infrastructures reflèteront la réalité urbaine , lorsque la
dévastation de la ville sera transformée en fascinants symboles de désolation .
La désolation résultant , non de la complaisance , mais de l'identification de
la réalité urbaine , développera les désirs , la confiance en soi et le courage
de prendre possession de la ville .
L'important ne sera pas l'herbe sur
laquelle on ne peut pas marcher , mais l'asphalte où
on le peut .
Evidemment il faut mettre au rébut tout
ce qui empêche cet "acte émotionnel d'utilisation" : la fausse
esthétique , collée comme un maquillage outrancier sur le visage de la
médiocrité , la frilosité des valeurs anciennes , la croyance voulant que tout
ce qui dérange peut être embelli , les autocrates dont la devise est
"efficacité , économie et produit à jeter" .
Les architectes doivent cesser de ne
penser qu'à faire plaisir à leurs clients .
Les architectes doivent cesser de geindre
sur leur mauvaises fréquentations .
L'architecture n'est pas un moyen en vue
d'une fin .
L'architecture n'a pas de fonction .
L'architecture n'est pas un palliatif . Elle est l'ossature dans la chair de la ville .
L'architecture gagne du sens en
proportion de sa désolation .
La désolation provient du fait
d'utiliser; elle prend des forces dans la désolation environnante
.
Et cette architecture délivre un message : tout ce que vous aimez est mauvais, tout ce qui
fonctionne est mauvais , tout ce qu'il faut accepter est bon ."
L'espace construit est,
conventionnellement, censé procurer à son habitant une sensation d'abri, bien
sécurisante, l'image d'un "ventre maternel" selon certains. Coop font
exactement le contraire! Leurs espaces sont durs, agressifs,
menaçants. Cela peut nous rappeler la philosophie de Nieztsche qui
appelle à rejeter le côté douillet de l'existence, et
aller à l'encontre des obstacles blessants pour entretenir sa puissance, son
poentiel d'agressivité.
Dans le siècle du
capitalisme, de la Ville-jungle qui s'étend indéfiniment, cette attitude peut
sembler la plus appropriée. C'est
ce qui explique peut-être le succès croissant de ce
groupe.
V - Déconstructivisme et rôle de l'inconscient:
Le terme "déconstructivisme" est encore très vaste et regroupe sous une même bannière des
architectes aussi différents et conceptuellement éloignés que Zaha Hadid, Rem
Koolhas ou Frank Gehry. Employé par Coop Himmelblau pour la 1ere fois
en 1983 dans le livre "Architecture is Now" , le mot reçoit l'une de
ses acceptations les plus courantes : une architecture dé-construite est une
architecture intuitive , conçue spontanément, sans règles ni fins
prédéterminées, et qui procède donc à l'inverse de la construction , planifiée
et savante ( le jeu correct des volumes ... ) .

Une des méthodes du groupe pour arriver au
dessin final est de commencer à dessiner perspectives et coupes entre-croisées,
tout en discutant du projet et en étant le plus naturels possible
; ils déduisent ensuite le plan et le volume . Leur but est de laisser
leur inconscient s'exprimer puisque ce dernier ne s'encombre pas des a priori's
et des règles conventionnelles . Ils ont même poussé
cette exploration de l'inconscient jusqu'à dessiner un projet les yeux fermés ( en l'occurence la Maison Ouverte ) , méthode qui se rapproche
de l'écriture automatique qu'employaient certains poètes surréalistes pour
mieux sonder leur subconscient . Ces derniers présentent d'ailleurs beaucoup de
ressemblances avec Coop Himmelblau ; s'il devait
exister une architecture surréaliste , Coop Himmelblau s'inscrirait
certainement dans ce mouvement .
Conclusion:
Plus poétique qu'architecturale, la démarche
de Coop Himmelblau ne supporte pas le compromis. Leur idéalisme intransigent,
leur "brutalisme" visuel supposent un public
prêt à s'interroger sur les valeurs pré-établies et à les remettre en question,
ce qui n'est pas toujours le cas...
Si le Corbusier avait, 50 ans plus tôt,
réussi à convaincre son public d'un changement radical, c'était essentiellement
à cause du côté pratique de sa solution, - l'Europe, ravagée par les 2 guerres,
avait besoin de logements nombreux et rapides à construire - ce qui n'est pas
du tout le cas avec Coop Himmelblau ! Leur espaces sont difficilement vivables,
et les divisions intérieures non prévues pour les
fonctions qu'ils occuperont. Mais a-t-on besoin de toujours
planifier, organiser, etiqueter les choses? Et la spontanéité d'une
solution est-elle une preuve suffisante de son inefficacité (elle ferait en
tout cas preuve de plus de débrouillardise ) ? L'Ere
qui suivra
Maroun
Rached.
p.s: Certaines images ont été empruntées à l'adresse suivante; http://falcon.jmu.edu/~tatewl/coop.himmelblau/
Si vous avez des
commentaires, des questions ou des idées à proposer, vous pouvez les adresser à
info@marounrached.com .